Le discours de Toto

Publié le par BC

Hier, le samedi 8 septembre 2007, a été officiellement inaugurée "Jeu d'acier" la sculpture de Toto, de la Toto Brother's Company.

Pour ceux qui ont manqué ce mémorable évènement, voici le discours du Toto, tel qu'il a été dérobé dans la poche même de l'artiste.

Je me souviens très précisément : c’était il y a bien trois ans … Ou deux ans et demi.

 

La nuit était tombée ou pas loin de l’être, bref il était tard, un chien aboyait dans le lointain, le vent faisait dodeliner doucement les roseaux, le crépuscule avait fini d’enflammer l’azur de ces couleurs rouge, orange, rouge orangé, rose, rouge rosé, rouge orangé, rouge orangé rosé, enfin ! C’était beau, immense. La ville de La Ville Du Bois s’endormait paisiblement… 

Quand un téléphone sonna… Glin glin glin glin glin…

      -         Pff ! Qui est-ce qui nous téléphone à ct’heure ? Tu vas répondre ?

      -         Non vas-y toi !

-         Bon, Allô ? »…

Je me souviens que c’est à ce moment là que le ciel m’est tombé sur la tête.

Donc après cinq ans de coma, l’émotion avait été trop forte, je récupérais doucement au calme en villégiature dans un chalet suisse très cosy. Là, simplement habillé d’un peignoir blanc au bord d’une piscine très design, les yeux morts, je sirotais mollement un cocktail à base de pruneaux  du Congo et de nèfles du Québec…

Quand soudain tout me revint : ce soir d’été, ce coup de fil, ces mots prononcés, ces mots entendus dans l’écouteur une commande, THE COMMANDE : d’une sculpture MO-NU-MEN-TA-LE, PHARAONIQUE, non pas de Ramsès II, mais d’un rugbyman de l’équipe de France à l’occasion de la coupe du monde de rugby qui se déroulera en France, qui lui-même (le rugbyman) sera installé sur le rond-point des Grilles de Bellejame (communément appelé rond point d’ATAC) juste en face du Centre National de Rugby (et tout cela à l’entrée de Marcoussis, ma presque ville natale, c’est ENNOOORME !

L’émotion remontait, puissante et irrésistible, elle allait bientôt me submerger tel un monstrueux tsunami, tout à nouveau s’embrouillait. Je finis cul-sec mon verre de cocktail aux pruneaux.

Mon côté russe m’avait cette fois-ci sauvé la vie ou au mieux épargné quelques nouvelles années de coma. Je pouvais à nouveau regarder en face tranquillement le défilé de mes émotions.

Je me resservis donc au cas où un cocktail aux pruneaux avec un soupçon de côté mexicain (une larme de tequila pour le goût) des flash-back de rugby n’avaient pas tardé à revenir à ma mémoire, bousculant un tant soit peu les autres…

Du bruit et des odeurs : de l’huile de camphre, des codes criés : « la 320 ! », les appels du demi de mêlée « la balle, je veux la balle ! » des coups de sifflets de l’arbitre). Pendant une dizaine d’années en tant que pilier et avec bonheur j’avais porté le maillot et défendu les couleurs de l'équipe de rugby de Marcoussis, qui étaient alors bleu, blanc et boue, puis tout blanc… et boue.

Des images me revenaient à foison : des visions d’entrée de mêlée, on est aux premières loges pour voir les visages angéliques des adversaires. AAAN ! De mêlées ouvertes où un collègue avait toujours la spécialité s’il y avait une mare sur le terrain de venir s’y noyer sous un monceau de joueurs.

  

Des visions furtives de trois-quarts maigrichons courant comme des gazelles et inattrappables pour moi…

Mon, frangin surgissant du diable vauvert m’assommant par un magnifique raffut dans un petit match d’entraînement… AAAH c’était bien !

Gaminos, on allait voir aussi les grands, nos rock stars, l’équipe de France jouer au parc des Princes pendant le tournoi des cinq nations, c’était l’époque de l’équipe de Rives, on le suivait bien, c’était un petit point jaune nerveux qui attaquait tout le temps…

Dans l’euphorie du moment je bus une lichette de cocktail… Chose que je regrettais immédiatement, pruneaux et tequila ne faisaient pas bon ménage… Mais m’avaient remis sur d’autres rails…

Je revoyais maintenant le Marcoussis que j’avais connu :

Il y avait des paysans qui parlaient comme ça : « OOOOHOOH OH Bijou, Acrévindjou, arrête un peu ta charrette, ooohou tu va svoir à ct’heure ! » Car ils avaient des chevaux, attention pas pour le décor, c’était pas Euro Disney, non, des vrais chevaux pour le labour et les tombereaux. Il y avait aussi des vieux qui marchaient pliés en deux, cassés par le travail des champs ; les parents avaient une voisine qui n’avait jamais quitté Marcoussis, même pendant l’exode de 40, Jamais été à Paris.

Le décor, c’était des champs et des bois, il y avait des coins avec des pommiers qui ressemblaient à la Normandie. Il y avait aussi sur le chemin de l’école tous ces hauts murs de pierre qui n’en finissaient pas et qui bus faisaient rêver, cachant peut-être des jardins secrets. Je vois l’église se reflétant dans le lagon bleu turquoise, les cocotiers du boulevard Nélaton, la pirogue blanche du coiffeur garée sur la place… Oups, je crois que j’ai buggé, je confonds avec mes souvenirs du service militaire, c’est mon côté Pierre Mondy.

 

Mon cocktail aux pruneaux avait de terribles effets secondaires, je décidais donc de le couper avec un peu d’eau de la piscine.

 

J’en étais à me remémoriser dans un film super 8 fatigué le vieux château en ruines de Bellejame, son pigeonnier et ses étagères suspendues en l’air, son parc à la végétation luxuriante et franchement envahissante, c’était comme dans la Belle et la Bête… sauf que la Belle et la Bête s’organisaient régulièrement, au sein d’une longue allée de marronniers, des courses débridées départ arrêté de 100 m.

 

Un beau jour, là c’est mon côté Indiana Jones, j’ai même remonté dans son lit la sauvage Salmouille ! On se serait cru en Amazonie, si, si, j’y ai même de la façon la plus imprévue, au pied d’une sombre cascade, rencontré un monstre marin !

Je pris donc une douche…. C’était en fait le verre de cocktail que je m’étais renversé sur la tête, vu ce qu’il contenait comme eau de piscine, le breuvage était devenu moins intéressant.

Mes idées mouillées et remises en ordre je jetais un œil sur le calendrier, HEIN, QUOI !!! Plus que dix jours pour finir ma sculpture que je n’avais pas commencée. Assez ri, assez perdu de temps, je sautais dans ma Lamborghini countach, je mettais le contact… Crotte plus d’essence. Qu’à cela ne tienne, je bondissais dans mon hélicoptère privé, mais pas d’essence, qui m’emmena toute affaire cessante à mon atelier à Nozay.

Et là rapidement je me rendis compte, vu la taille king-konguienne de la commande que mon atelier, pourtant Jules Vernien était trop pitit.

Il me fallait donc travailler dehors.

La bataille s’annonçait rude.

Bien décidé à lutter contre les éléments et tutti quanti, je me jetais à corps perdu dans cette création titanesque !

Des trains spéciaux m’acheminèrent le métal et le matériel nécessaire, je me multipliais, j’étais plusieurs, j’étais partout, d’un côté tronçonnant des barres d’acier épaisses comme mon genou, d’un autre soudant à tour de bras sous une gerbe d’étincelles qui me brûlaient d’ailleurs le poil des jambes, j’étais encore en peignoir.

Non, le temps ne m’a pas épargné.

Dès le commencement ça a été la mousson, m’obligeant tel un sioux guettant l’arrivée du général Custer à lorgner la moindre minuscule éclaircie des cieux pour pouvoir travailler. Et c’est le moment où il ne fallait pas avoir des nerfs d’acier… Avec la pluie, ils rouillent.

Je sculptais sans relâche, nuit et jour et aussi le reste du temps, animé d’une formidable frénésie créatrice (il me fallait au moins ça) pour venir à bout de cet ogre de fer, dévoreur d’énergie.

J’ai même appris à être zen. Au cœur de cette débauche musculaire et neuronienne. Afin de trouer l’efficacité d’un laser pour dénouer les innombrables nœuds que ne manquaient pas de produire tous ces kilomètres de câbles électriques.

Je commençais enfin à voir le bout du tunnel (même si je travaillais à ciel ouvert).

Dernier crampon, dernière soudure. Le colosse déployait maintenant ces 4m80 hors socle et dépassait la tonne.

J’avais fini ce rêve en 3D, il portait en lui, en plus du métal qui le composait ma passion du rugby, ma passion de la sculpture et mon amour de Marcoussis… La grue l’attendait pour son dernier voyage.

J’avais fini mon histoire et la sienne commençait…

 

Je tenais à remercier en premier lieu : Olivier Thomas initiateur du projet, merci de ta confiance et de ton goût… 

Puis mon gentil mécène Thierry Arbey, merci également pour la confiance que vous m’avez accordée…

Et merci à Jipé Bocquel mon maître à souder

A Cédric pour le blog, Fernand pour son compresseur à turbine

Et tous les amis qui sont passés me soutenir pendant la fabrication de la BETE…

Toto lisant son discours.

Oui à priori la date est mal réglée sur mon appareil photo, c'était bien le 8 septembre pourtant.

Sinon trois infos essentielles :

Jeu d'acier fait 4m80 hors socle,

il pèse 1 tonne 100...

Et à la question peux-tu nous dire en quoi est fait le ballon, Toto a répondu : Non !

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